Les Francs dans l’Empire romain

 

Inès Villela-Petit, « L’art mérovingien d’après les textes », dans Les Temps mérovingiens. Trois siècles d’art et de culture (451-751), Paris, 2016, p. 42-45.

 

Inès Villela-Petit, « Les Francs dans l’Empire romain », dans Les Temps mérovingiens. Trois siècles d’art et de culture (451-751), Paris, 2016, p. 52-53.

 

Inès Villela-Petit, « Syncrétismes », dans Les Temps mérovingiens. Trois siècles d’art et de culture (451-751), Paris, 2016, p. 136-137.

 

Inès Villela-Petit, « Du motif animal au style animalier germanique », dans Les Temps mérovingiens. Trois siècles d’art et de culture (451-751), Paris, 2016, p. 236.

 

I. Bardiès-Fronty, C. Denoël et I. Villela-Petit, éd., Les Temps mérovingiens. Trois siècles d’art et de culture (451-751), Paris, 2016, 288 p. (39 €)

RMN - ISBN : 978-2-7118-6328-0

« L’art mérovingien d’après les textes »  

 

Dans la poésie de Sidoine Apollinaire († 486) et Venance Fortunat († 609), nombreuses sont les mentions d’édifices et d’œuvres d’art. Certaines, dans la tradition de l’ekphrasis gréco-latine, sont fictives (le bouclier de Rome, Carmen V, 21-31), mais d’autres décrites de visu, ainsi la propre villa de Sidoine à Aydat (Puy-de-Dôme, Carmen XVIII et Ep. II) ou celle fortifiée de Bourg (Gironde, Carmen XXII). Venance consacre ses Carmina à célébrer des églises et leurs bâtisseurs, les évêques Léonce de Bordeaux, Félix de Nantes, Grégoire de Tours, les rois ou des laïcs de haut rang : Saint-Eutrope de Saintes (1, 13), la basilique de Nantes (3, 7), Saint-Vincent de Paris élevé par le roi Childebert (2, 10). De même, dans l’Historia francorum, Grégoire décrit les églises de sa ville natale de Clermont (II, 16), Saint-Etienne, dont le programme fut dicté par une femme (II, 17), Saint-Julien (II, 20), et encore l’église de Chalon (V, 45), Saint-Martin de Brive (VII, 10)… Où l’on découvre plans en croix ou à trois nefs, tours-lanternes, absides, couvertures d’étain, plafonds de bois à caissons, verrières, colonnes de marbres variés, mosaïques et peintures. Quant à la basilique Saint-Martin de Tours, elle est restaurée par Grégoire lui-même (II, 14-15 ; VI, 10 ; X, 31), qui s’attarde sur ses spolia, ses fenêtres, ses cent-vingt colonnes, son cycle de peintures dont Venance (10, 6) nous apprend qu’il était consacré à saint Martin, son sépulcre de marbre, son trésor. [...]

 

I. Villela-Petit, « L’art mérovingien d’après les textes », dans Les Temps mérovingiens. Trois siècles d’art et de culture (451-751), Paris, 2016, p. 42-45. RMN - ISBN : 978-2-7118-6328-0

Les Francs dans l’Empire romain

 

Au-delà du limes du Rhin et du Danube, frontières de l’Empire, et des provinces romaines de Germanie, Rhétie, Norique, Pannonie et Dacie qui lui servent de glacis, s’étend au Nord et à l’Est un vaste territoire aux délimitations changeantes que ne structure pas le maillage de cités et de routes et sur lequel les légions n’ont pas réussi à prendre pied après l’éphémère Germania magna (12 av.-9 apr. J.-C.) qui allait jusqu’à l’Elbe. Tacite dresse un tableau ethnographique des Germains rétifs qui le peuplent (De origine et situ Germanorum, vers 98 apr. J.-C.). Cependant, dès le Ier siècle, l’armée romaine recrute parmi eux ses unités auxiliaires de cavalerie et sa garde impériale (garde batave de Néron, Equites singulares de Trajan) et la diplomatie de l’Empire accueille les chefs déchus, tel Mérobaud († 37), roi des Marcomans, reçu à Ravenne. Elle fait suivre les guerres de traités d’amitié garantis par des otages princiers, futurs agents de romanisation. Cette politique qui favorise les plus occidentaux, enrichis par le commerce frontalier et le service de Rome, crée des tensions dans le Barbaricum qui conduisent dans la première moitié du IIIe siècle à la formation de deux ligues de peuples sur le Rhin : les Alamans et les Francs. [...]

 

Inès Villela-Petit, « Les Francs dans l’Empire romain », dans Les Temps mérovingiens. Trois siècles d’art et de culture (451-751), Paris, 2016, p. 52-53.

RMN - ISBN : 978-2-7118-6328-0

« Syncrétismes »  

 

Après deux siècles de lois impériales contre le paganisme, récapitulées dans le Code théodosien de 438, peu de sanctuaires gallo-romains devaient subsister intacts, bien que l’histoire de Walfroy le stylite révèle une statue monumentale de Diane-Arduinna (Hist. franc. VIII, 15). Mais nonobstant la conversion de Clovis aux alentours de 508, les rois mérovingiens tinrent les cultes traditionnels pour religion licite jusqu’au début du VIIe siècle. La destruction de tel fanum franc en Soissonnais (Baudonivie, Vita Radegundis reginae II, 2), de tel autre consacré à un dieu guérisseur à Cologne (Grégoire de Tours, Vitae patrum VI, 2) fut subreptice et non sans risques. Cependant, à travers des églises bâties au-dessus de sources ou sur des hauteurs, l’ancienne topographie du sacré perdure par sa logique propre, par stratégie d’évangélisation ou à la faveur d’extensions du droit de l’Eglise aux édifices cultuels. Si le christianisme se démarque par le rejet des sacrifices d’animaux, l’expression de la dévotion est faite d’invariants (luminaire, encens, ex-voto, couronnes votives, processions). De même, dès l’invention par Ambroise de Milan des dioscures chrétiens Gervais et Protais (386), le culte des saints tend à absorber la matière mythologique, ainsi la Passio des jumeaux celtiques Crépin et Crépinien, les saints cordonniers de Soissons selon l’interpretatio christiana du « cycle de Rictiovar ». [...]

 

Inès Villela-Petit, « Syncrétismes », dans Les Temps mérovingiens. Trois siècles d’art et de culture (451-751), Paris, 2016, p. 136-137.

RMN - ISBN : 978-2-7118-6328-0