« Palette et nuancier : les rouges »  

 

Pour dire les couleurs et les sentiments qu’elles inspirent, la métaphore est reine : rouge comme sang, rouge-feu, rouge de colère et vert de rage... Mais dans l’atelier du peintre, dans celui du teinturier, certes, ce n’est pas de sang, de feu ou de colère que l’on use pour obtenir le rouge, mais de pigments, de laques et de colorants qui transposeront dans l’art le sang de Narcisse, le feu d’Enfer ou la colère des batailles. Comme disait Boccace, et Maurice Denis après lui, la peinture de prime abord n’est autre chose qu’un peu de couleurs disposées avec art sur la toile. Voyons le rouge. À travers les matières et les textures que le peintre dispose en éventail sur sa palette, dont le teinturier fait le nuancier de ses bains de couleurs, le rouge absolu, le rouge abstrait, l’idée "rouge", se démultiplie en une infinité de teintes : carmin, cinabre, vermillon, écarlate, garance, cramoisi, pourpre... jusqu’aux limites du champ sémantique et de la perception des rouges. Roses et violacés sont-ils encore des rouges ? La question, souvent, s’est posée, question de nuance et de point de vue. [...]

 

I. Villela-Petit, « Palette et nuancier : les rouges des teinturiers et des peintres », dans Rouge, textes accompagnant une exposition de costumes de théâtre de Christian Lacroix à la Bibliothèque-Musée de l’Opéra, 2005, repris dans la Revue française d’héraldique et de sigillographie, t. 77-79, 2007-2009, p. 101-104.

Consultable en ligne : http://expositions.bnf.fr/rouge/arret/05.htm