La France et le gothique international

 

Dans les années 1360-1370, l’art européen amorce une inflexion de style désignée aujourd’hui sous les noms d’« art courtois », de « beau style », « style doux » ou encore « gothique international ». Autour de 1400, il s’épanouit dans toute la chrétienté occidentale sous une forme à première vue si homogène qu’on a peine à circonscrire les écoles nationales et régionales chères à l’historiographie classique. Les causes de l’émergence de cet idiome commun, ou Zeitstil, sont à l’évidence multiples : religieuses, politiques, socio-économiques et proprement artistiques. Dans sa variante française cependant, le style gothique international est tout particulièrement redevable du foisonnement artistique qu’avaient connu Paris sous les premiers Valois, Philippe VI et Jean II le Bon, et Avignon sous les papes Clément VI et Innocent VI. Les deux capitales servirent alors de creuset à une alchimie subtile alliant, pour faire bref, l’héritage de Jean Pucelle à celui de Simone Martini. Leur rayonnement dépasse bien sûr de loin les frontières du royaume de France, mais c’est sans doute l’art français qui reste le plus fidèle à ces sources premières. Les cours de Paris et Avignon furent aussi les foyers de ce que les musicologues ont nommé Ars subtilior, cet art musical des années 1380-1400 considéré plus subtil que l’Ars nova qui l’avait précédé. Par son extrême raffinement, sa complexité rythmique et polyphonique, son maniérisme et sa perfection technique, il correspond point pour point à notre gothique international dans les arts visuels. [...]

 

I. Villela-Petit, « La France et le gothique international (1360-1430) », dans Philippe Plagnieux éd., L’Art du Moyen Age en France, Paris, 2010, p. 382-441.

Citadelles & Mazenod - ISBN : 978-2-85088-322-4