« Courtois (Art) »  

 

Apparu vers 1100, l’adjectif « courtois » désigne d’abord la qualité des chevaliers d’une cour seigneuriale et leur idéal de perfection fait de loyauté et de prouesse, comme les héros des chansons de geste. Il s’applique ensuite au mode de vie élégant et à la culture de la fin’amor ou amour courtois dont les foyers sont en pays de langue d’oc (Toulouse, Orange, Beaucaire, Barcelone ou Poitiers). L’influence d’Aliénor d’Aquitaine († 1204) et de ses filles Marie, comtesse de Champagne, et Aélis, comtesse de Blois, assure sa diffusion vers le Nord. La courtoisie, illustrée et mise en scène à travers la poésie lyrique et les romans de chevalerie, a alors pour modèle rêvé la cour du roi Arthur. Mais la relation entre courtoisie et poésie de l’amour et du désir s’estompe progressivement et le terme ne désigne plus au XVe s. que les qualités de l’homme de cour : politesse, prestance et culture humaniste, résumées dans le Livre du courtisan de Baldassare Castiglione (1528). L’expression « art courtois », d’usage fréquent en Histoire de l’Art médiéval, ne renvoie cependant ni à un style ni à une période bien définis, la référence littéraire sous-jacente étant évolutive. Faut-il la réserver à des thèmes courtois, telle l’Offrande du Cœur, et aux objets d’usage profane (tapisseries, coffrets, miroirs) où ceux-ci souvent se rencontrent ? Ou à l’art de cour et aux créations des peintres, sculpteurs ou orfèvres attachés aux princes ? La réserver aux œuvres les plus raffinées comme les Schöne Madonnen (Belles Madones), par opposition à des formes plus populaires, ou l’étendre à une période de l’art, et laquelle ? On a parfois donné le nom d’art courtois à l’art du règne de saint Louis (1226-1270), parfois au courant gothique international appelé en Italie gotico cortese (vers 1380-1430). S’il s’applique bien à des œuvres à l’élégance maniérée (style courtois) ou aux sujets tirés de la littérature romanesque (scènes courtoises) quelle qu’en soit l’époque, il a moins sa place dans la périodisation historique où s’est imposé le syntagme « art gothique ». Quant aux productions des cours princières, il faut lui préférer « art de cour ».

 

I. Villela-Petit, « Courtois (Art) », dans P. Charron et J.-M. Guillouët éd., Dictionnaire d’Histoire de l’art du Moyen Age occidental, Paris, 2009, p. 283-284.

Robert Laffont, « Bouquins » - ISBN : 978-2-22110-325-8

 

Voir aussi : « Couleur », p. 279-281, « Jean de Berry », p. 482-483, « Gothique international », p. 407, « Henri Bellechose », p. 430-431, « Jacquemart de Hesdin », p. 470-471, « Jean d’Orléans », p. 478-479, « Jean de Beaumetz », p. 481, « Jean de Bruges », p. 483-484, « les frères Limbourg », p. 527-528, « Maître de Bedford », p. 570-571, « Maître de Boucicaut », p. 571, « Maître de Rohan », p. 578, « Médaille », p. 611, « Parement de Narbonne », p. 707-708, « diptyque Wilton », p. 987-988.