« L’art mérovingien d’après les textes »  

 

Dans la poésie de Sidoine Apollinaire († 486) et Venance Fortunat († 609), nombreuses sont les mentions d’édifices et d’œuvres d’art. Certaines, dans la tradition de l’ekphrasis gréco-latine, sont fictives (le bouclier de Rome, Carmen V, 21-31), mais d’autres décrites de visu, ainsi la propre villa de Sidoine à Aydat (Puy-de-Dôme, Carmen XVIII et Ep. II) ou celle fortifiée de Bourg (Gironde, Carmen XXII). Venance consacre ses Carmina à célébrer des églises et leurs bâtisseurs, les évêques Léonce de Bordeaux, Félix de Nantes, Grégoire de Tours, les rois ou des laïcs de haut rang : Saint-Eutrope de Saintes (1, 13), la basilique de Nantes (3, 7), Saint-Vincent de Paris élevé par le roi Childebert (2, 10). De même, dans l’Historia francorum, Grégoire décrit les églises de sa ville natale de Clermont (II, 16), Saint-Etienne, dont le programme fut dicté par une femme (II, 17), Saint-Julien (II, 20), et encore l’église de Chalon (V, 45), Saint-Martin de Brive (VII, 10)… Où l’on découvre plans en croix ou à trois nefs, tours-lanternes, absides, couvertures d’étain, plafonds de bois à caissons, verrières, colonnes de marbres variés, mosaïques et peintures. Quant à la basilique Saint-Martin de Tours, elle est restaurée par Grégoire lui-même (II, 14-15 ; VI, 10 ; X, 31), qui s’attarde sur ses spolia, ses fenêtres, ses cent-vingt colonnes, son cycle de peintures dont Venance (10, 6) nous apprend qu’il était consacré à saint Martin, son sépulcre de marbre, son trésor. [...]

 

I. Villela-Petit, « L’art mérovingien d’après les textes », dans Les Temps mérovingiens. Trois siècles d’art et de culture (451-751), Paris, 2016, p. 42-45. RMN - ISBN : 978-2-7118-6328-0