« Les traditions esthétiques de la peinture »  

 

« Le dimanche 28 juillet de l'an de la Circoncision du Christ 1398, Giovanni Alcherio a écrit et noté à Paris les recettes de couleurs pour la peinture qui suivent, d'après les paroles et les indications que lui avait fournies Jacques Cœne, peintre flamand demeurant alors à Paris, qui toute sa vie, selon ses propres dires, avait expérimenté et s'était lui-même servi des recettes contenues dans ces pages. Et par la suite, en décembre 1411, le même Giovanni revenu de Lombardie à Paris depuis plus d'un an déjà, les corrigea en plusieurs endroits suivant les informations qu'il avait reçues depuis à travers tous les livres authentiques traitant du sujet et par d'autres moyens, et mit au net ce qui suit… » Cette petite introduction aux recettes du peintre Jacques Cœne de Bruges tirée du recueil de Jean Lebègue illustre bien les va-et-vient de la transmission du savoir technique médiéval. Bien que le compilateur Giovanni Alcherio se soit adressé à l’un des artistes les plus réputés de son temps, la tradition écrite semble à première vue d’un plus grand poids que la pratique. Le recueil intègre d’ailleurs certains de ces « livres authentiques » qui furent utilisés pour amender les recettes qu’avaient dictées Jacques Cœne : le livre I du De diversis artibus de Théophile, le De coloribus pictorum et illuminatorum librorum de Pierre de Saint-Omer, le De coloribus et artibus Romanorum d’Eraclius et la compilation pseudo-Eraclienne. Les textes en cette matière constituent pourtant un prisme déformant. [...]

 

I. Villela-Petit, « Les traditions esthétiques de la peinture médiévale et les voies de leur transmission », dans M. Clarke, B. De Munck et S. Dupré éd., Transmission of Artists’ Knowledge (actes de la journée d’études de Bruxelles, 16 juin 2011), Wetteren, 2013, p. 41-45.

VWVKA - ISBN : 978-90-6569-110-1

 

Voir aussi : « Copier d’après les grands maîtres »