« Sainte Agnès à la croisée des chemins »  

 

Au départ, une hésitation iconographique : plusieurs historiens de l’Art préfèrent la désignation “ Vierge et l’Enfant ” au traditionnel “ Vierge à l’Enfant ”. Du point de vue théologique, ils ont tout à fait raison. L’Enfant est le personnage principal et non un simple attribut de la Vierge. Il est le Christ présenté par sa mère. Il est Dieu et elle l’écrin ou le trône comme dans les Majestés romanes. Il ne saurait se réduire à l’accessoire comme une rose ou un lapin, à un signe distinctif ou à une propriété de l’image de la Vierge. Cependant, la question est sans doute mal posée, car il ne faut pas enfermer dans une acception trop stricte la préposition “ à ”, du latin apud, qui marque simplement ici l’accompagnement : on pourrait lui substituer “ avec ”, “ qui a ” ou “ qui porte ”. Mais, il est vrai aussi que l’iconographie a ses logiques que la théologie ne connaît pas. Ne parle-t-on pas communément d’une “ Vierge ” pour une statue de Notre Dame avec l’Enfant – donc sans faire mention explicite de celui-ci ? De même, dans les testaments du Moyen Age, les fidèles mentionnent telle “ Vierge au pilier ” ou telle “ statue de Notre Dame ” auprès de laquelle ils demandent à être inhumés, à tout coup des Vierges à l’Enfant. Dans ces groupes sculptés, la Vierge l’emporte par sa taille, et on admet que les dimensions relatives des personnages définissent une hiérarchie dans l’image médiévale. Le plus grand a la primauté, une primauté visuelle au moins. Bien sûr, dans le cas des Vierges à l’Enfant, c’est le rapport mère – enfant ou mère – nouveau-né qui est souligné et justifie l’inversion de la hiérarchie des personnes divines au profit de la clarté du message : une image de maternité. [...]

 

I. Villela-Petit, « Quand le signe surpasse le saint : quelques réflexions sur la naissance de l'attribut dans l'Art chrétien, ou Sainte Agnès à la croisée des chemins », dans M. Pastoureau et O. Vassilieva-Codognet éd., Des signes dans l'image : Usages et fonctions de l’attribut dans l’iconographie médiévale (du Concile de Nicée au Concile de Trente), Turnhout, 2015, p. 79-89. Brepols - ISBN : 9-78250-353-673-6

 

Voir aussi : « Nouvelles dévotions » et Image et Dévotion