« Syncrétismes »  

 

Après deux siècles de lois impériales contre le paganisme, récapitulées dans le Code théodosien de 438, peu de sanctuaires gallo-romains devaient subsister intacts, bien que l’histoire de Walfroy le stylite révèle une statue monumentale de Diane-Arduinna (Hist. franc. VIII, 15). Mais nonobstant la conversion de Clovis aux alentours de 508, les rois mérovingiens tinrent les cultes traditionnels pour religion licite jusqu’au début du VIIe siècle. La destruction de tel fanum franc en Soissonnais (Baudonivie, Vita Radegundis reginae II, 2), de tel autre consacré à un dieu guérisseur à Cologne (Grégoire de Tours, Vitae patrum VI, 2) fut subreptice et non sans risques. Cependant, à travers des églises bâties au-dessus de sources ou sur des hauteurs, l’ancienne topographie du sacré perdure par sa logique propre, par stratégie d’évangélisation ou à la faveur d’extensions du droit de l’Eglise aux édifices cultuels. Si le christianisme se démarque par le rejet des sacrifices d’animaux, l’expression de la dévotion est faite d’invariants (luminaire, encens, ex-voto, couronnes votives, processions). De même, dès l’invention par Ambroise de Milan des dioscures chrétiens Gervais et Protais (386), le culte des saints tend à absorber la matière mythologique, ainsi la Passio des jumeaux celtiques Crépin et Crépinien, les saints cordonniers de Soissons selon l’interpretatio christiana du « cycle de Rictiovar ». [...]

 

Inès Villela-Petit, « Syncrétismes », dans Les Temps mérovingiens. Trois siècles d’art et de culture (451-751), Paris, 2016, p. 136-137.

RMN - ISBN : 978-2-7118-6328-0

 

Voir aussi : Les Temps mérovingiens