David d’Angers, les visages du romantisme

 

L’exposition David d’Angers, les visages du romantisme révèle les enjeux du portrait « réaliste » chez un des plus grands sculpteurs du XIXe siècle. Tout au long de sa carrière, Pierre-Jean David (1788-1856) dit David d’Angers, a réalisé, à côté des commandes officielles de monuments, statues en pied et bustes, un nombre bien plus considérable de portraits sculptés en médaillon. Hommes de la Révolution et de l’Empire, héros des guerres d’indépendance d’Europe et d’Amérique, savants, artistes, poètes, romanciers et femmes de lettres de la Restauration et de la Monarchie de Juillet constituent un choix nécessairement subjectif de « grands hommes ». Le projet d’une galerie de portraits immortalisés dans le bronze, dont les premiers éléments remontent aux années 1815-1820, a pris forme progressivement pour devenir le moyen privilégié par le sculpteur pour leur manifester son admiration. A mesure qu’elle s’enrichissait de nouveaux noms, la galerie est aussi devenue un véritable objet social : David rencontre ses modèles dans les cercles littéraires ou politiques, les séances de pose se transforment parfois en événements mondains, et des séries de médaillons sont acquises auprès des fondeurs pour orner les salons de la bonne société, si bien qu’obtenir son médaillon devient pour le solliciteur gage de célébrité. Mais David d’Angers, imperturbablement, poursuivait son grand œuvre, refusant toute commande et se faisant seul juge des gloires à offrir en modèle aux générations futures. Ce sont au total 500 grands médaillons de bronze coulé d’environ 15 à 20 cm de diamètre qui dressent un certain panorama de la société de l’époque et de ses talents, reflétant les sympathies du sculpteur. Pour magnifier ses modèles et rendre visuellement les qualités du génie propre à chacun, David d’Angers invente un mode d’idéalisation non plus fondé sur le classicisme à l’antique, mais sur une grammaire des formes issue d’une science nouvelle, la phrénologie du Docteur Gall, qui voulait que les « bosses » crâniennes d’un individu traduisent ses aptitudes intellectuelles et ses passions. Loin de prétendre au naturalisme, le sculpteur cherchait à transcender la physionomie du modèle pour que la grandeur de l’âme rayonne à son front. La sélection d’une centaine de médaillons faite pour l’exposition inclut des bronzes, mais aussi les précieux plâtres originaux dont le sculpteur fit don au Musée des Monnaies, médailles et antiques, afin qu’ils soient présentés au public. Ils seront mis en regard des planches de phrénologie et d’anatomie illustrant des ouvrages qui figuraient dans sa bibliothèque et des portraits en estampe du graveur Achille Devéria (1800-1857), ami de David d’Angers et collectionneur de ses médaillons.

 

T. Laugée et I. Villela-Petit, catalogue d’exposition David d’Angers, les visages du romantisme (Paris, BnF, Musée des médailles et antiques, 21 novembre 2011 – 25 mars 2012).

Édition Gourcuff-Gradenigo - ISBN : 978-2-35340-113-0