« Le Cabinet des médailles à l’époque des Babelon »

 

Ancien Cabinet du roi, le Cabinet des médailles et antiques de la Bibliothèque nationale conserve, entre autres objets précieux, les collections royales de médailles d’art françaises et étrangères constituées au moins depuis le XVIIe siècle. Dans cet ensemble, les médailles italiennes de la Renaissance, déjà inventoriées par Claude Gros de Boze et l’abbé Bignon vers 1685, s’élevaient à la fin du XIXe siècle à près de 1.100. S’y ajoutera en 1907 le legs par Prosper Valton de la collection de l’architecte Alfred Armand, comprenant notamment quelque 2.000 médailles et plaquettes de la Renaissance italienne. Le regain d’intérêt pour celles-ci à la faveur des planches gravées publiées à partir de 1834 dans les livraisons hebdomadaires du Trésor de numismatique et de glyptique sous le patronage de Charles Lenormant, directeur du Cabinet de 1840 à 1859, allait susciter les premières synthèses d’A. Armand et d’Emile Molinier, conservateur au Musée du Louvre, suivis par Fernand Mazerolle, conservateur du Musée de la Monnaie, qui coïncident avec le renouveau de la création française en médailles dans les dernières décennies du XIXe siècle. Or, les artisans de ce renouveau se réclameront explicitement du modèle de Pisanello et de ses successeurs. Ainsi Oscar Roty contant plaisamment son anecdote de la réinvention de la plaquette en 1886 : « Mon succès, à quoi je le dois ? Mon Dieu ! bien simple !... j’ai eu tout bonnement une idée de génie !... Voici. La médaille dans le temps où je commençais à en faire ne nourrissait pas son homme. Je crevais de faim et ma femme aussi, et nous nous disions que ça ne pouvait pas durer. Une nuit je réveille ma femme et je lui dis : J’ai trouvé ! – Qu’est-ce que tu as trouvé ? – Le moyen de gagner de l’argent ! – Hum !... – Il ne faut pas faire hum ! Ecoute plutôt. Les médailles, jusqu’à présent, on les a faites rondes, n’est-ce pas ? – Sans doute ! et après ? – Eh bien ! moi, je vais les faire carrées ! Le public ne regarde pas les médailles rondes, il regardera les médailles carrées, parce que ça le surprendra, et l’on m’en commandera, et je gagnerai de l’argent. Comprends-tu ? – Elle ne comprenait pas du tout et me croyait toqué. Mais je suivis mon dessein. Au lieu de médailles, je gravai des plaquettes comme en avaient modelé les médailleurs de la Renaissance et c’est ainsi que j’acquis ma réputation ». [...]

 

I. Villela-Petit, « Le Cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale à l’époque des Babelon : des collections historiques à la promotion de la médaille contemporaine », dans Au creux de la main : la médaille aux XIXe et XXe siècles (cat. expo. sous la dir. de E. Papet et C. Chevillot), Paris, 2012, p. 21-29.

Skira Flammarion - Musée d’Orsay - ISBN : 978-2-35433-101-6

 

Voir aussi : « Au creux de la main »